Chambre à deux ou à part ?

Publié le par Chassan

DSCF1144.JPGQuand on vit à deux, dormir ensemble c'est naturel. Mais "bien" dormir ensemble, ça l'est moins et cela ne va pas en s'améliorant avec les années... Comment conjuguer confort du sommeil et tendres rapprochements, nuits rondes et nuits câlines, intimité et indépendance ? Tour de la question.
 
 

L'un ronfle, l'autre pas...

C'est pas qu'on s'aime moins... mais, il faut bien avouer qu'avec le temps, le sommeil devient plus léger, plus fragile, plus précieux aussi. Et, qu'avec l'habitude, la présence de l'autre n'offre plus un nirvana permanent.

"Le lit est tout le mariage", écrivait Balzac. Avec ses grands moments et ses petits désagréments, comme l'explique Françoise Dorin dans "Les lits à une place". "S'endormir et se réveiller dans les bras l'un de l'autre... c'est très joli sur le papier, mais dans la réalité ?"

"Il faut compter avec la crampe dans le mollet, l'ankylose du bras, le souffle de l'autre qui vous chatouille, le chat dans la gorge, le cheveu qui vous dégringole dans l'oeil, la démangeaison du doigt de pied..."

Ajoutez à cela le ronflement, les quintes de toux, les envies nocturnes, les insomnies bruyantes... Tous ces petits riens qui, répétés à longueur de nuits et d'années, risquent de devenir insupportables et transformer le lit en un vrai champ de bataille.

Des manies pas toujours tolérables

Des pommes de discorde, il en pousse beaucoup dans un lit partagé. Elles viennent d'abord des habitudes de sommeil de chacun et, contre ces comportements involontaires, il n'y a pas grand-chose à faire.

Il y a les grinceurs de dents, les enrouleurs de couette, les expulseurs de draps, les gigoteurs effrénés, les dormeurs en biais, les spécialistes du retournement recto verso...

Mais il y aussi les vraies manies, très agaçantes pour l'autre s'il ne les partage pas. "Jacques a la détestable habitude de fumer une cigarette avant de s'endormir", râle Colette. "Mon mari ne supporte pas d'avoir des insomnies quand je dors, alors il me réveille pour me dire qu'il ne dort pas...", raconte Françoise.

Sans oublier les pieds froids à tête chercheuse, généralement féminins : "J'adore réchauffer mes pieds glacés contre les mollets de mon mari, déclare Sophie. Lui aime moins. Il m'a offert de grosses chaussettes !"

"Pourquoi n'invente-t-on pas des bouillottes de 1,85 mètre avec de petites pattes ?", s'interroge Geneviève Dorman.

Plus d'espace lital...

Pas facile de partager la couche de ces personnages... Napoléon dormait "par tranches", couché vers 23 heures, relevé à 2 heures pour travailler, recouché à 5 heures et définitivement debout à 7 heures... Sarah Bernhardt s'assoupissait dans un cercueil sur mesure.

Francis Blanche préférait s'installer dans un lit four à pain capitonné de laine de verre, dormant ainsi tout son soûl dans le silence et l'obscurité...

Même sans avoir des idées aussi excentriques, dans la mesure où l'on passe un tiers de sa vie à dormir, cela vaut la peine de se préoccuper de son confort.

Pour mieux dormir à deux, des solutions existent, des plus modérées aux plus radicales. À commencer par la taille du lit : plus il est grand, moins on se gêne.

En France, la taille standard pour un lit de deux personnes tend à s'allonger à deux cents centimètres et à s'élargir à cent cinquante et cent soixante centimètres. Quant au grand lit carré, que le petit cordonnier de la chanson proposait déjà à sa belle, il n'est plus exceptionnel.

Ces grands lits offrent certes plus de place, mais aussi plus de distance : Christine a fait la tête quand son mari a décidé d'acheter un lit de 1,80 m de large, elle était trop loin de lui !

Lits jumeaux, nuits jumelles

Confort et tendresse ne font pas forcément bon ménage la nuit. C'est sans doute pour cela qu'une femme sur trois déclare préférer dormir seule, contre seulement un homme sur quatre. Seraient-ils plus romantiques... ou plus câlins ?

Le premier pas vers l'indépendance consiste à opter pour des lits jumeaux accolés. À première vue, c'est un grand lit avec un seul drap, mais en dessous se cachent deux sommiers et deux matelas réunis. Cela permet de dormir ensemble chacun chez soi, de se retourner sans réveiller l'autre, de choisir un lit dur ou mou sans frustrer son compagnon...

En poussant le molleton un peu plus loin, il y a les lits carrément séparés. Là, on est sûr de ne pas être gêné par des conflits de territorialité, fort désagréables lorsqu'un coup de coude intempestif vous tire brutalement d'un rêve bleu. Mais pour les câlins, il faut franchir le Rubicon et s'aimer dans les petites largeurs...

Autre inconvénient majeur, même dans des lits séparés, cela n'épargne ni les ronflements et autres toussotements, ni la lampe allumée pour voir l'heure ou lire la nuit. Tous comptes faits, deux lits séparés dans la même chambre semblent une solution un peu bâtarde, un peu étriquée. Pourquoi ne pas envisager le grand saut dans l'espace : la chambre à part ?

Et si vous faisiez chambre à part ?

Virginia Woolf, la "féministe qui faisait peur", revendiquait déjà en 1929 "Une chambre à soi". En effet, rien de tel pour respecter le confort, le rythme et l'indépendance de chacun.

Ainsi, les "totos", couche-tôt lève-tôt, ne se sentiront plus coupables de vaquer à leurs occupations dès potron-minet, tandis que les "tartares", couche-tard lève-tard, savoureront sans scrupules le plaisir des grasses matinées.

Le monde n'appartient pas à ceux qui se lèvent tôt, mais à ceux qui se lèvent de bonne humeur !

Et n'allez pas croire que faire chambre à part affaiblit le désir, bien au contraire, cela le renouvelle. Dormir ensemble n'est plus une habitude, une obligation, mais une démarche volontaire. On s'invite, on se prépare, on se retrouve...

À condition bien sûr d'avoir deux grands lits. Ainsi, la chanteuse Mireille avait installé à la porte de sa chambre un feu de circulation : vert, son mari, Emmanuel Berl, pouvait lui rendre visite, rouge : l'entrée lui était interdite.

Pour les romantiques qui souhaiteraient au contraire être indépendants dans la journée, et s'endormir tous les soirs l'un contre l'autre, il reste la solution imaginée par Geneviève Dormann : "Mon rêve serait d'habiter le château de Versailles : nous occuperions chacun une aile et nous nous retrouverions pour dormir au milieu."

À méditer !

Sylvie Bonin

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